Blogues des collaborateurs

Je sais je sais, je suis, je sais je sais, j'oublie...

Le monde écrit - 7 septembre 2010
Une théière de valériane fume sur ma table de nuit. Mon mari arrive dans quelques heures. Les premières pages de son deuxième roman reposent sur le bord de la fenêtre, tout juste achevées de lire. Je reprends le boulot demain : fomenter une matière littéraire de choix comme on prépare une viande avant de la faire cuire. Épices, huile, moutarde, ail. Frigo. Patience.

Il pleut des cordes.

Mon quotidien se renouvelle de petites choses déjà vues. Que je le veuille ou non. Mon intimité grandit à vue d'œil.

J'oubliais : une voiture roulait à sens inverse sur le boulevard lors de mon trajet du retour. Pendant 2 secondes, j'ai sérieusement pensé que c'était moi qui conduisait à l'envers. Puis j'ai eu la frousse que la voiture me fonce dedans. Mais elle a passé son chemin. Moi aussi.

J'ai une chanson des Clash dans la tête depuis hier. The Clash et Marjo :

Oh, je sais je sais, je suis, je sais je sais, j'oublie [...]
J'ai tellement de bruit au fond de mes nuits
Que même mes larmes font du vacarme

466 Hommage à Ducharme: 250 ans après la Conquête

Marge - 7 septembre 2010
Et je me retrouvai, à me dire qu'on se sabordera pas, qu'on se branle-bassera pas non plus, mais qu'on va jouer le jeu, qu'on va jouer, tellement jouer qu'on va oublier que c'est un jeu, c'est dans un jouir de rire qu'on va s'oublier, qu'on va couper les fils du jeu, les fils du je, qu'on va éclater la marionnette à force de fous rires mes hosties, qu'on va jouer les petits comiques jusqu'à ce qu'on pète comme des ouaouarons qui fument, qu'on bang nos viscuriosités sur tout ce qui est pas sérieux, parce qu'on possède pas la vérité mais une bonne dizaine, parce qu'on est des hurluberluminés, qu'on a l'affirmation au bout de la lèvre qui rit, qu'une marge c'est n'importe quoi et pas de maître, qu'on va dire pour se rassurer qu'on glousse comme une poule pas de tête, qu'on se dit ki manche da marge, qu'après 250 ans de fous rires, qu'on va y aller, qu'on y va, qu'on va tellement se dire qu'on va y aller qu'on va oublier qu'on est resté sur place.


*


N'ajustez pas votre appareil. Cassez-lui la gueule.
On a besoin d'affirmations.


*


Marge, en punition, prend la craie, écrit sur le tableau noir:
Les idées noires, comme les tulipes, sont les plus belles
Les idées noires, comme les tulipes, sont les plus belles
Les idées noires, comme les tul

Oh chic, Albertine!/Oh, chic Albertine!

Albertine retrouvée - 7 septembre 2010
Hier dans un moment propice pour les grandes déclarations d'amour, Hélène s'est écriée : « Je t'aime tellement. Avec toi, on peut regarder avec le même plaisir les films les plus profonds comme les pires niaiseries ». Nous étions assises toutes les deux en amoureuses pour regarder The Children, un film d'horreur édité par la célèbre maison de production Troma mettant en vedette des enfants mutants tueurs. Ce n'était pas Bergman, mettons! Je dis ça sans malice aucune, sans mépris pour l'un comme l'autre. C'est très le fun les films Troma, mais disons que la quintessence de l'horreur revient quand même à Bergman! Difficile de tourner un film plus angoissant que Hour of the Wolf (Vargtimmen)! Je trouve aussi bête de déprécier la culture populaire que de ne pas voir comment la « grande culture » a parfois forgé la culture populaire.

L'autre jour, j'ai parlé un peu à une jeune femme, une vraie femme distinguée. Une intellectuelle comme il en existe peu! Devant elle, j'étais confrontée à ma nature évidente de « bâtarde ». Je ne dis pas ça sur un ton dépréciatif. Oh non pas du tout! J'adore être une bâtarde, j'adore aimer avec autant de passion ce qui tient du bon goût et ce qui tient du mauvais. Ça fait mon charme, je crois. C'est juste que j'étais un peu gênée tout d'un coup. Il y a aussi en moi une femme très raffinée même si ça ne parait pas souvent. Je n'avais pas peur qu'elle me juge mal. Ah non pas du tout! Qu'elle me juge comme elle le désire, ça ne me dérange pas! C'est plus que la femme raffinée en moi possède moins d'occasions de s'exprimer. En sa compagnie, ça me donnait une excellente occasion d'être plus cérébrale que catin, ce qui n'est pas à négliger. Pour une fois, ça me tentait d'être une intellectuelle distinguée en société. J'ai bien l'impression que la jeune femme comprenait tout ça mieux qu'on pourrait le croire au premier abord. Peut-être voulait-elle justement me parler parce qu'avec moi, c'est sa nature cachée de bâtarde qu'elle pouvait faire ressortir. C'est bien possible! 

465

Marge - 6 septembre 2010
Say hello to my little friend, comme disait Marge
(en introduisant son elfe de maison).


*


écrire v. tr. conjug. Mettre le monde à l'épreuve d'une voix (idéalement plusieurs).

«écrire», dans Dictionnaire de Princesse Apocalypse, Québec, Éditions Les Nerfs (Coll. Humour noir et autres couleurs disponibles), 2010 [en ligne].


*


— Tu n'as rien écrit cette fin de semaine...
— Je participais à un tournoi de dards...
— C'était plaisant...
— Oui, c'était un tournoi de dards où on pouvait jouer bourré et remporter de nombreux prix de présence comme une jarretière ou un sac à pet...
— Oh...
— J'aime ma famille...
— ...

J'aime Xavier Dolan

Albertine retrouvée - 6 septembre 2010
L'autre nuit, j'ai rêvé à Xavier Dolan!

Ah non, pas Xavier Dolan, vous direz-vous peut-être! Je vous comprends. J'ai déjà été de ceux qui se disaient que Xavier Dolan, quand même, c'est overrated, que J'ai tué ma mère, c'est quand même bon, mais pas tant que ça, trop tape-à-l'œil et que toutes les représentations du jeune artiste à l'œuvre sont intolérables -- ça, je le pense encore, d'ailleurs. La scène où les deux gars vont faire du Jackson Pollock est emblématique de tous les défauts de J'ai tué ma mère. La seule scène de peinture tolérable de l'histoire du cinéma, c'est Pasolini qui l'a tournée. Pasolini déteste tellement avec ses tripes les bourgeois que la scène où Pietro peint dans Teorema ne peut pas être lue comme un bête éloge aux bobos, à tous les bourgeois-bohèmes de ce monde. Alors que la scène de peinture dans J'ai tué ma mère est malheureusement une célébration et une consécration immondes du bobo! J'ai aussi été agacée par les poses de Xavier Dolan dans les journaux et à la télé, poses qui me rappelaient d'ailleurs cette fameuse scène de peinture. Puis, en tombant par hasard sur les commentaires d'internautes à propos de Xavier Dolan, j'ai compris ses poses. On pourrait penser que tous ces commentaires fustigeant Xavier Dolan parce qu'il se prend tellement pour un autre sont générés par ces poses de Dolan. La vérité, c'est l'inverse. Peu importe ce que Xavier Dolan aurait dit ou fait, il était d'emblée condamné à être qualifié de prétentieux et autres synonymes moins flatteurs, parce qu'au Québec c'est inévitablement ainsi qu'est reçu quelqu'un qui aime trop les arts et qui ne s'arme pas d'une certaine dose de populisme pour mieux faire passer la chose. Alors tant qu'à être condamné d'avance, il a décidé d'y aller à fond la caisse.

Tout ça pour dire que je me suis réconciliée avec Xavier Dolan et que je l'aime désormais le plus tendrement du monde. Surtout depuis que j'ai vu Les Amours imaginaires. Je l'ai vu le jour même de sa sortie -- ce qui est rare, je ne suis pas très au fait de l'activité culturelle. Mais en dépit des réserves que j'avais encore à ce moment envers Xavier Dolan, quelque chose m'attirait irrésistiblement vers ce film. Lorsque je suis sortie du cinéma, j'étais si enchantée que je rêvais depuis ce moment d'écrire un texte à propos de ce film sans trouver exactement quoi. Alors j'ai reporté, puis reporté encore mon projet jusqu'à ce que finalement, plusieurs mois plus tard, ça ressorte dans un rêve! La vie n'est-elle pas bien faite?

L'autre nuit, j'ai rêvé à Xavier Dolan, disais-je donc. 

Et puis je lui ai parlé de son prochain film et des Amours imaginaires. Voici ce que j'ai dit à Xavier Dolan :

« Xavier, je suis tellement contente de te voir! Je suis d'un naturel si peu groupie, mais je t'en prie, dis-moi tout à propos de Louis Garrel! Je suis intéressée par tous les détails qui le concernent. Raconte-moi tout, je t'en prie! Et ne néglige rien! Surtout ce qui pourrait paraître impertinent. J'ai remarqué que les gens se dévoilent tellement plus dans les détails insignifiants. Et moi, ce que je veux, c'est un Louis Garrel entièrement dévoilé. Oui, oui, un Louis Garrel tout dévoilé! Dans ton prochain film, tu auras la chance de filmer Louis Garrel en transsexuel! God! Tu sais, c'est mon plus grand rêve qui s'incarnera dans ton film! Je n'en reviens pas encore! Cette incarnation merveilleuse fera que je serai même prête à tolérer la présence de Karine Vanasse dans ton film -- c'est dire à quel point je suis motivée! Karine Vanasse, criss! Enfin, passons, tu n'es sans doute pas intéressé à m'entendre me lancer dans un « Vanasse rant » en bonne et due forme. En fait, déjà, je ne sais même pas si tu es intéressé à m'entendre point... Peu importe, j'ai encore quelques trucs à te dire. Je suis lancée, je ne m'arrêterai pas! 

Lorsque j'ai vu Les Amours imaginaires, je n'en revenais pas! En fait, j'aurais moi-même pu avoir écrit Les Amours imaginaires! Pour vrai, je te jure! À part que Francis et Marie auraient formé un couple et qu'ils auraient probablement été deux femmes... Et qu'elles n'auraient pas été jalouses l'une de l'autre. Bref, ce serait quand même un autre film mais qu'importe! Je n'aurais jamais pensé voir un jour un film aussi juste et beau sur les amours inventés et les obsessions partagées. Pour tout dire, je m'étais toujours dit que peu de gens pourraient comprendre une histoire comme celle-là. Mais toi tu as cru le contraire. C'est ce qui est génial dans ces histoires secondaires qu'on découvre en parallèle dans les mini-entretiens tout au long du film. Au début, je n'étais pas certaine de trouver l'idée intéressante, bien que je capotais sur l'histoire de la stalker, mais plus j'y pense, plus le film serait moins fort sans elles. C'est grâce à ces histoires secondaires qu'on comprend que l'histoire de Francis, Marie et Nicolas a beau être unique, elle n'en rejoint pas moins l'expérience de tous les grands amoureux. Tous les grands amoureux savent ce que c'est de dériver dans les histoires les plus déraisonnables, emportés par leurs sentiments qui les rend prêts à tout. Tous les grands amoureux savent ce que c'est que de renoncer à son amour-propre parce que l'amour-propre a tellement peu d'importance en comparaison avec cette existence soudainement extraordinaire que nous permet d'atteindre l'amour le plus passionné... Et puis, dans Les Amours imaginaires, tu as un regard à la fois si cruel et si compatissant sur Francis et Marie. Tu les montres comme ils sont, sublimes et ignobles dans leur amour...

Je t'ai entendu l'autre jour à la radio. Tu disais que tu aimais beaucoup Michael Haneke. Moi aussi, j'aime beaucoup Haneke. Tu ajoutais que tu ne voudrais pas, ou ne pourrait pas, faire des films comme lui. Tu sais, je suis obsédée en ce moment par ces réflexions-là. Je me demande vraiment quelle genre d'écrivaine je suis, ou plutôt quelle genre d'écrivaine je serai. Récemment j'ai commencé à me rendre compte que même si j'aime les artistes les plus radicaux que je n'étais peut-être pas une écrivaine radicale, que je ne pourrai peut-être pas l'être. Ou enfin, ce n'est pas exactement ce que je veux dire. Je suis une écrivaine forcément radicale, je suis une personne radicale, c'est comme ça. Je veux dire plutôt que même si mon rapport au monde se vit nécessairement de façon radicale, j'ai l'impression que pour moi, dans mon 'oeuvre' si on veut, être radicale jusqu'au bout ça sera forcément de trouver une façon de me réconcilier avec le monde. Sans le célébrer stupidement évidemment. Enfin, je voulais te dire ça parce que j'y ai pensé en t'écoutant parler de Haneke et je me disais que tu pourrais comprendre. Je suis même persuadée que tu vas comprendre.

Ah aussi, sur un note plus légère, je voulais que tu saches que si jamais tu trouves des sous-vêtements souillés de Louis Garrel et que tu ne sais pas quoi en faire (ce qui serait très étonnant, une fille s'essaie), ben tu peux me les donner! Si tu en trouves plusieurs même, ça serait vraiment super! J'ai des amies qui partagent aussi cette passion dévorante pour Louis Garrel ». 

Et puis, je me suis réveillée à ce moment-là! 

mon exergue

Les soubresauts - 4 septembre 2010

J’aime beaucoup les citations que j’ai mises en exergue de mon mémoire, qui porte lui-même sur la citation. Comme vous ne vous garrocherez pas pour le lire, voici l’exergue en question :

«Presque toutes les oeuvres sont faites avec des éclairs d’imitation, avec des frissons appris et des extases pillées.»

Cioran, Syllogismes de l’amertume

Et voici l’autre, un coup parti… :

«Nous écrivons toujours après d’autres et c’est peut-être pourquoi j’ai si souvent recherché — avec des citations littéraires distordues ou inventées qui contribuaient à créer des sens différents — une image de moi faite de traits étrangers et voilà peut-être pourquoi j’ai si souvent fragmenté le vieux texte de la culture et disséminé  ses traits en les rendant méconnaissables de la même façon qu’on falsifie de la marchandise volée. C’est ainsi que je me suis frayé un chemin, que j’ai avancé. Sur ce terrain, rien ne rassure plus qu’un masque.»

Enrique Vila-Matas, Journal volubile


mon oeil est un laser

Les soubresauts - 4 septembre 2010

C’était hier le 3 septembre 2010 je m’en souviens comme si c’était il y a quinze ans, les bancs de cinéma parisiens dernier cri, rouge d’un rouge parfait qui a l’air presque faux, et le confort, et l’ambiance, mais quoi d’autre? Toi toi toi, et un peu moi aussi, là, côte à côte, partageant le même air le même espace, les yeux absorbant les mêmes images, les tympans martelés, le frisson des choses qui passent, l’eau partagée dans un verre de carton mou, température de la pièce, et j’éprouve quelque chose comme la chaleur d’une autre planète, et je reconnais en toi l’étoile qui me réchauffe.

Ce n’est pas exactement ça, mais on se comprend, tu fais de moi une machine à images, et qui se soucie de leur exactitude, dis-moi, et qui se soucie de leur vraisemblance, han, y a-t-il seulement une parcelle de possible dans tout ce qui est arrivé jusqu’à présent? Je ne crois pas à la réalité, pas plus qu’aux lois universelles, le monde est façonné par l’oeil qui le scrute, et mon oeil est un laser fait pour tailler l’avenir, non, je ne m’encombre pas de prédictions météorologiques, l’ouragan touchera la côte quand ça lui plaira, et ton bras touche le mien de façon si pure qu’il ne le sait même pas, et pourtant, et pourtant, mon souffle, mon sang, l’oxygène, tout ça est nouveau, n’est-ce pas?


Horoscope

Le monde écrit - 4 septembre 2010

Signe : sirène
Ascendant : cowgirl

Mars en tramway. Jupiter en retard. Période d'anxiété aigüe. Vous devez vous contenter de mettre un pied devant l'autre, de suivre l'alignement des jours sur le calendrier. N'excédez pas la dose quotidienne de travail. Prenez de grandes gorgées d'air à même les montagnes. Pressez votre visage contre un torse masculin, le torse d'un écrivain zébré et mélancolique de préférence.

Oracle du jour : Au levée du lit, vos cheveux seront plus courts. Pendant la nuit, outre le nuage gris qui vous a abîmé l'esprit, un coiffeur patibulaire est passé dans votre appartement et a sectionné votre crinière. Il est à parier que votre force, contrairement à Samson, ne réside pas dans cette masse luxuriante aux reflets de blé. Cherchez ailleurs.

464

Marge - 3 septembre 2010
et je me retrouvai
repliée sur moi-même
comme une enveloppe mal léchée
(l'air circule encore)


*


et je te vois assis en silence
face à mon souffle court
tes mains jointes
tes doigts sur la table
forment un cœur qui pointe vers moi

ça me contamine man

Les soubresauts - 3 septembre 2010

On dit souvent, parce que d’autres l’ont dit avant nous, ah, je dévore des livres, ah, il était tellement bon celui-là, je l’ai dévoré, mais fuck off, quand on y pense, c’est bien plus les livres qui nous envahissent, han, on les dévore pas, c’est eux qui s’infiltrent en nous, et combien de femmes ressemblent à mes yeux à Anna Karérine depuis que j’ai lu Tolstoï, elles te regardent en ayant l’air de dire Non, je ne suis plus une petite oie, et combien de flâneurs me font penser à Robert Walser, enfoui dans la neige un soir de Noël, et quand je suis désespéré, man, je pense tellement au plus beau vers de Nelligan, nous ne serons pas vieux mais déjà las de vivre, et quand je bois en écrivant je m’imagine Carver qui tape sur mon épaule et qui me dit, ouais, il faut beaucoup de travail pour arriver à écrire quelque chose en buvant, et quand, et quand, et quand.


463 Des choses

Marge - 2 septembre 2010
Faisons place un peu au je non métaphorique avec tambours, trompettes, biscuits, vol-au-vent, tornade et mille-feuilles (hum... mille-feuilles, je dois avoir faim).

Ne sais plus où j'ai pu lire ça, parmi toute les lectures du jour, blogs-articles-publicités-notes-etc., et je me retrouve avec ces quelques mots, entre guillemets donc citation, dans mon petit carnet rouge, et non noir, mon little red book (pour celle qui cache ses reflets roux non assumés sous une teinture noire, trouvez l'erreur...)


Écrit en marge.  Des choses qu'on n'oublie pas.

Pas certaine de ce que ça veut dire, jamais certaine en fait, c'est ça qui est ça, seuls les mots restent, c'était en marge et j'ai oublié tout le contexte...
Écrit en marge. Des choses qu'on oubliera.
Ou pas. Sais pas.

J’onomatope

Les soubresauts - 2 septembre 2010

J’ai vu un monarque passer, il battait des ailes comme ça : orange-orange-orange-orange… C’est la première des feuilles d’automne vivantes.

Des fois, j’ai l’impression que tu téléphones, ça vibre sur ma cuisse, mais non, c’est seulement mon artère qui bat : brrr-pcchttt-brrr-pcchttt… Ce n’est pas la première fois que tu m’appelles en circuit fermé.

Mon stylo est plein et je commence à savoir où j’ai envie d’aller.

— vroum-vroum-vroum-vroum… Roarrr.


Heille biloute

Le monde écrit - 2 septembre 2010

Laisse-moi t'étendre parmi les guirlandes jaunes.
Ce qu'il t'en aura coûté de t'habituer à moi,
à mon âme esseulée et sauvage, à mon nom que tous chassent.
- Pablo Neruda, « Tu ne ressembles à personne »

... et ça recommence. Mon angoisse matinale, une sorte d'angoisse de centre d'achat, s'est dissipée avec la salutation au soleil, la voiture, le téléphone, les discussions, les projets de thèse, les livres à emprunter à la bibliothèque. Vraiment, bourrer mon sac de livres me met en joie, me donne de la légèreté alors que, physiquement, je m'ancre davantage dans le sol avec une telle charge sur l'épaule. Contradictoire. J'ai envie de sacrer, de préparer cent cours, de dire des obscénités, de faire des jokes sur le fourrage de crêpe. J'ai envie d'être zen. Mais j'ai surtout envie de retrouver mon coeur en extase comme à mes premières heures universitaires. Je suis encore jeune pour être blasée. Et puis, je fais rire en servant des jokes de ketchup. Et puis, je reçois des lettres dactylographiées. Et puis, je lève le nez sur les nouvelles bottes de l'automne. Et puis, j'écris n'importe quoi parce que je ne suis pas très académique même quand je m'y mets. Je suis une brume... et ça ne se dit pas vraiment... je sais.

Anniversaire

déprime explosive - 2 septembre 2010
Aujourd'hui, ça fait huit ans que nous sommes ensemble Julie et moi! Je repense à cette nuit-là du 2 septembre au 3 septembre 2002 et je me dis que j'étais juste une petite fille qui ne connaissait pas grand chose de la vie. J'avais seulement 20 ans! Bon, quand même, je n'étais pas vraiment « naïve » à cet âge-là. Et puis, j'avais du flair! Quelle bonne idée ce fut de tomber amoureuse de Julie! J'écris ça comme si j'avais choisi! Non, ce n'est pas moi, c'est le destin! Vive le destin! 

"Turned to a dizzied tourist myself, forgetful and jetshocked, I have to hunt in my head for the..."

Notes de terrain - 2 septembre 2010

Turned to a dizzied tourist myself, forgetful and jetshocked, I have to hunt in my head for the language spoken here.

But this is where you live; it’s your city - London, or New York, or wherever - and its language is the language you’ve always known, the language from which being you, being me, are inseparable. In those dazed moments at stop-lights, it’s possible to be a stranger to yourself, to be so doubtful as to who you are that you have to check on things like the placards round the news-vendor’s kiosks or the uniforms of the traffic policemen. You’re a balloonist adrift, and you need anchors to tether you down.

A sociologist, I suppose, would see these as classic symptoms of alienation, more evidence to add to the already fat dossier on the evils of urban life. I feel more hospitable towards them. For at moments like this, the city goes soft; it awaits the imprint of an identity.



- Raban, Jonathan. 2008 [1974]. Soft City.

Un parc hanté

Albertine retrouvée - 1 septembre 2010
Je suis traumatisée! J'ai peur! J'ai presque envie d'appeler Hélène pour qu'elle revienne plus vite du travail. Dans le parc à côté de chez moi, dans le parc où mon matou disparu a vécu pendant son aventure, ils viennent de couper tous les buissons. Je suis sortie m'acheter des sushis pour dîner et j'ai constaté l'affaire en cours. Il y avait des hommes (sexy en chest à cause de la canicule, mais c'est un autre sujet) qui rasaient tout. Évidemment, on peut s'en faire pour notre qualité de vie. Ça n'a pas d'allure de couper tous les buissons dans un parc. Ce n'est toutefois pas pour ça que je suis inquiète, je suis inquiète à cause d'une chose bien pire! Oui, une chose encore plus terrifiante! J'ai lu il y a un an dans le journal que dans un autre parc près de chez moi sur la rue Ste-Catherine au coin de Préfontaine les buissons ont été rasés parce qu'un homme avait violé et tué très sauvagement une prostituée. J'ai lu tous les détails de l'histoire. C'était horrible. Je voyais le parc où ça s'est passé dans ma tête. Tantôt lorsque je marchais près de l'autre parc, celui plus près de chez moi, je me suis imaginée des violeurs et des violées. J'ai eu l'impression de voir leurs fantômes rejouer la scène odieuse. Dans ma tête, l'équation est claire. Buissons coupés à Hochelaga = viols de femmes à Hochelaga. Je ne pourrai plus passer par là... Je ne crains pas d'être violée. Bien sûr que ça me fait peur, mais ce n'est pas ce qui m'effraie le plus. Contre un agresseur, je pourrais essayer de lutter. J'ai encore plus peur d'habiter à côté d'un lieu hanté par les fantômes d'une scène que je ne veux pas voir. Les fantômes, ça m'effraie beaucoup, parce que j'y crois. Je ne sortirai pas ma planche de Ouija dans les prochains jours. Oh que non! Au pire, je vais appeler le « service 666 ». J'ai une amie qui habite près de chez moi et qui a reçue le service 666 dans son appartement. C'était un gars d'apparence banal et très sérieux qui venait chasser les mauvais esprits. Il était payé mensuellement par l'ancien locataire de son appart. Je sais maintenant que ça existe dans mon quartier. Ça me rassure presque. 

Arrive, Hélène, j'ai peur!  

— Toutwi —

Les soubresauts - 1 septembre 2010

C’est le temps des fraises je pense
À tes lèvres rouges impossibles
J’ai beau fouiller mes rides
Aucune bouche
Aucune femme
Aucun fruit
Ne me fait rêver
Comme ta bouche de femme-fruit
Ton langage humide
Parle-moi parle-moi parle-moi
Je suis toutwi.


462

Marge - 1 septembre 2010
Marge l'agrippe de ses deux mains, tire de tout son corps, manque de souffle, tient ferme, peine à le sortir de là, sueur au front, et tire, et tire encore, et pousse pour mieux l'extraire, ce fichu balai au cul de Princesse Apocalypse, on va y arriver, tasse-toi un peu par là, non, de l'autre côté, penche-toi, on se fait mal, on renverse tout le mobilier autour, on s'écorche, on tient bon, on la bardasse à gauche et à droite, ça vole en éclats, on cri, puis, enfin, ça y est, on l'a, oui, on a le balai qui nous permettra de ramasser tout ce beau dégât.


*


labyrinthe n. m. du latin labyrinthus. When you're in, you can't talk your way out.

«labyrinthe», dans Dictionnaire de Princesse Apocalypse, Québec, Éditions Les Nerfs (Coll. Humour noir et autres couleurs disponibles), 2010 [en ligne].


*


La langue est le muscle le plus fort du corps humain.
On a besoin d'affirmations.

L'accordéon

déprime explosive - 1 septembre 2010

Dans les derniers jours, il y avait un ouvrier chez moi qui faisait quelques petits travaux dans notre chambre. Je suis une vieille grincheuse, je déteste les intrus dans la maison. Le petit matou Elstir pense comme moi. Il va se cacher derrière la toilette pour être bien certain de ne pas être vu. J'étais tout de même gentille et sympathique. Ça ne devait même pas paraître que j'étais dérangée. Hier, l'ouvrier, un monsieur âgé, est venu me parler de mon accordéon. Il m'a demandé si j'en jouais. J'ai répondu que non, mais j'ai dit sur un ton émotif que c'était l'accordéon de ma grand-mère paternelle qui est décédée. Il m'a ensuite révélé qu'il était très intéressé à l'acheter. Il me semble que c'était évident dans ma réponse que je n'avais aucun intention de m'en départir. Une grand-mère peut difficilement laisser un plus bel héritage à sa petite fille. Pour me pousser vers la vente, le monsieur a même sorti les chiffres. Il me parlait de 300$. Ce matin, il est revenu à la charge. Il me parle désormais de 500$. Il paraît qu'il en a discuté avec un de ses amis et j'aurais un ben bel instrument. J'ai fait semblant d'y penser, j'ai pris en note son numéro de téléphone, mais c'est hors de question! Ma grand-mère paternelle ne parlait pas beaucoup. C'était une femme effacée derrière son tout-puissant mari. Un jour, j'étais seule avec elle et elle m'a dit : « Tu sais, Amélie, je viens d'une famille d'artistes, d'une famille de musiciens ». Je savais que ma grand-mère jouait du piano, qu'elle jouait de l'accordéon, qu'elle chantait dans des chorales, mais je ne réalisais pas trop ce que ça voulait dire. Plus tard, j'ai compris que ma grand-mère m'a dit ce jour-là qu'elle me voyait moi aussi comme une artiste. Elle voulait me dire que j'appartenais à cette famille-là, la sienne, sa famille acadienne qu'elle avait quitté pour un mari bien peu créatif. Mon père, mon frère et moi avons d'ailleurs le fameux monosourcil du père de ma grand-mère. Je fais des blagues de monosourcils, mais pour une fille, ce n'est pas drôle! L'ouvrier en sortant de chez moi m'a dit que c'était triste un instrument mort. J'ai compris qu'il n'essayait pas bêtement de me dépouiller de la mémoire de ma grand-mère. Il voulait donner vie à cet instrument. Intention honorable quand même! Mais pour moi, cet instrument représente ce seul instant où ma grand-mère m'a réellement parlée. Cette fois-là, où elle m'a dit entre les lignes qu'elle me voyait comme une artiste. Je ne pourrai jamais m'en débarrasser. Et un jour, il faudrait que j'apprenne à en jouer. 

Vite lent

Le monde écrit - 31 août 2010
Je dois écrire vite. Je ne peux pas rester devant l'ordi. Mes vertèbres. Ma vie. Alors, je remets tout sans dessus dessous. Tout. Je change de sujet de thèse. Je fais à ma tête toujours. Et je ne regrette rien. Les voyages en autobus sont le moment de changer de cap, de fixer les montagnes dans le blanc des yeux et de se ressaisir un peu. Ça piaille dans la boutique.
Je veux un temps lent. J'envoie la main au fleuve, à l'autre rive. Kamou. Vite.
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