Dernier verre avant liquidation

Référence bibliographique: 
Montréal, Éditions La Mèche, 2011
219 pages.

 

Dans une sordide usine de fabrication d’agenda scolaires, Émile Duncan, narrateur paumé de La Solde, tente de rédiger son premier roman tout en vociférant contre la bêtise de la société et les horreurs de la vie moderne. Or, malgré la hargne et le cynisme qu’il insuffle à son personnage, Éric McComber ne vise pas les hauts sommets du pessimisme façon Cioran, et c’est plutôt par une surenchère de gags et d’excès que se traduit le désabusement de son héros. Bluesman évincé du groupe qui porte son nom, il a, à défaut de posséder de grandes ressources pour la paix intérieure, de solides dispositions pour les beuveries et le sexe.  

Rien dans La Solde ne tend vers la subtilité, ni la psychologie des personnages, ni la critique sociale. Étonnamment, cela fonctionne plutôt bien, sans doute parce que la caricature est ici pleinement assumée, placée comme un décor de carton-pâte que le narrateur, avec un large clin d’œil au lecteur, insère entre lui et le monde, dans une tentative pour rendre ce dernier un peu plus stimulant. McComber, habile manieur des situations loufoques et détourneur aguerri des phrases creuses, possède en cela un don certain pour les scènes humoristiques. Néanmoins, la deuxième partie, qui relate les succès d’un Duncan entouré d’un parfum de subversion après la publication d’un roman outrageusement vulgaire, tombe quelque peu à plat, alors que le narrateur accumule les conquêtes et les relations absurdes, dans une sorte de slapstick sexuel qui ne débouche sur rien. Cela, toutefois, ne devrait pas surprendre dans un roman qui ne cherche nullement à proposer une porte de sortie et opte plutôt pour une liquidation complète de l’inventaire, avec les facilités que cela implique.