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De la Frontière à Grand-Mère

Document 1 n’attirerait pas mon attention si Blais n’avait pas su proposer une vision du monde qui m’apparaît révélatrice du contemporain. Il ne s’agit pas uniquement de sa conception du sujet velléitaire, s’embourbant dans un univers virtuel aux dépens de la réalité –Ducharme abordait ces thèmes il y a 40 ans– mais du rapport nouveau qu’il développe avec l’espace et le voyage continental rendu célèbre par le roman de la route kérouacien.

par Pierre-Paul Ferland
13 avr
 
Cette grand-mère qui refuse de mourir

[…] de la surenchère se dégage un véritable besoin de cerner le monde, d’en épuiser les signes, de l’asservir à la jubilation du conteur, comme France Daigle l’a si admirablement réussi dans son chef d’œuvre Pour sûr (2012). Bref, pour moi, La fiancée américaine est quelque chose comme un «grand roman québécois» moderne, rien de moins.

par Ferland, Pierre-Paul
27 fév
Montréal, Marchand de feuilles, 2012
557 pages.
Écran de chair, canal fétiche

Une entreprise de déconstruction symbolique peut faire office d’engagement. À défaut de prendre les armes, l’écrivain torpille la farce idéologique par l’usage d’une langue explosive, prête à dynamiter les simulacres du système. Admirablement traduit en français par François Monti en 2012, un an après Providence, aux éditions Passage du Nord-Ouest, La Fête de l’âne de Juan Francisco Ferré se présente comme une tentative de démantèlement de l’idéologie et de la geste terroriste, à travers l’exemple de l’Organisation, groupuscule postiche de l’ETA basque indépendantiste.

par Hervé, Martin
20 Jan
Albi, Passage du Nord-Ouest, 2012
294 pages.
Couler l’encre du sang

Entre essai et fiction, ce premier roman retrace l’itinéraire d’un jeune homme qui se radicalise, expérience que le narrateur se remémore des années plus tard afin d’en saisir la particularité. Fréquentes, les incises essayistiques du livre cherchent d’abord à penser la violence radicale hors des clichés l’assimilant aux protestations d’un lumpenproletariat juvénile ou aux voies de fait qui font les classes dangereuses et dans lesquelles se noie la question sociale. À l’inverse, l’écriture fragmentaire de l’auteur redonne à ce phénomène asocial toute sa teneur politique dans une réflexion qu’inaugure l’exergue emprunté à Pierre Clastres : «Le guerrier est voué à la solitude, à ce combat douteux qui ne le conduit qu’à la mort ».

par Wesley, Bernabé
03 déc
Montréal, XYZ, 2013
145 pages.
Audrey Prévost, entre silence et inaction

Cette position d'infériorité face à une figure adulte, donc autoritaire, est imposée à Dée tout au long du roman et est d'autant plus marquée dans le dialogue que les compétences dialogales de celle-ci sont pour ainsi dire absentes. Le dialogue est un échange de paroles qui suppose et permet théoriquement une compréhension mutuelle. Chez , il devient plutôt le lieu où l'incompréhension se double d'un rapport de force qui écrase le personnage principal et l'isole irrémédiablement. Dée est d'abord soumise à l'autorité de sa mère, puis à l'indifférence de son mari, et ne peut réellement communiquer ni avec l'un, ni avec l'autre. En observant ses rapports avec la première, il est troublant de constater qu'elle répond systématiquement en dehors du sujet à ce que dit sa fille. 

par Thériault, Catherine
06 nov
Montréal, Bibliothèque québécoise, 2007
128 pages.
L'ère du constat?

Pynchonien, Bleeding Edge l’est sans conteste: les théories de conspiration y abondent toujours autant (et, la proximité historique des catastrophes du 11 septembre aidant, semblent même nous rattrapper); les échevaux parallèles de l’histoire et du savoir technique y sont toujours aussi inextricablement liés aux plus délirantes spéculations, et, si l’on consent à lui reconnaître un rythme plus digeste  que dans le roman qui l’imposa à l’apogée de ses facultés cannabinoïdo-mentales d’illisibilité (Gravity’s Rainbow, pour ne pas le nommer), on constate que, bien qu’assagi quelque part, le Thomas Pynchon de Bleeding Edge est encore porté, de ses digressions sur les effets néfastes du Web à ses portraits de fêtes sans fin, explosions de vitalité qui ne semblent aller nulle part, par la fougue potache et adolescente d’un des  plus juvéniles et geek auteurs américains encore vivants à 76 ans.

par Gravel, Jean-Philippe
30 oct
New York, The Penguin Press, 2013
477 pages.
Un mythe canadien?

Il m’est d’avis que la problématisation du mythe américain que propose Dominique Fortier demeure insuffisante parce qu’elle se prend encore au sérieux. Certes, Fortier, en épilogue, prend bien soin d’avertir que son texte ne constitue qu’une fiction dérivée de faits historiques. Du bon usage des étoiles est donc, fondamentalement, une fabulation, une réinvention libre de l’Histoire. L’occasion ratée de Fortier, selon moi, est précisément de ne pas avoir joué suffisamment avec elle. Pourtant, on connait de nos jours l’objectivité vacillante de l’Histoire, son asservissement au récit, le récit d’un sujet avec son propre biais, ses propres intentions pragmatiques.

par Ferland, Pierre-Paul
14 sep
Québec, Alto, 2008
345 pages.